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Et là elle n'a pas tort: verrouillé dans le cabinet du wagon, à peine a-t-il dégainé son zizi que Michael ne commence à avoir des absences, chassées à l'affût par une amnésie totale accompagnée d'un assouplissement des muscles dans tous ses membres, qu'il ne commande plus et lesquels esquissent des convulsions tordues, qui rappellent le fantôme d'un moulin à vent yoyotant. Tout d'un coup Michael est conscient d'avoir réalisé un contrechamp pour ainsi dire sans sa prestance, a horreur de se voir arroser le battant du cabinet d'un signe de la croix pisseux où il ne pourrait jurer qu'il n'a pas également éjaculé quelque part, l'instant suivant. Toujours plongé dans un univers amnésique, où il ne reconnaîtrait pas le reflet de sa propre image, Michael se trouve entouré d'une odeur d'une âcreté morbide et en proie aux coups de sang chargés d'adrénaline. Puis l'odeur moribonde bat sa retraite sur ses tympans au fur et à mesure que l'encadrement du battant disparaît derrière un flash aveuglant, pour se recadrer en noir et blanc dans un retour en arrière cinématique où des cadres vertigineux quasi identiques replongent par-dessous ses pieds, débités par une bobine invisible.  

            Dans les moments qui se succèdent, la vision 'normale' est restituée à travers quelques frissons involontaires et la première réaction consciente de Michael est de vérifier qu'il n'a pas mouillé son pantalon et ses souliers. Réintégré dans le couloir du wagon, Michael chancèle dans un autre train, d'un luminaire à gaz ou à huile épars et jaunâtre et au plafond galbé sur les bords, ceux-ci envahis des toiles d'araignée. Mais ce décalage temporel ferroviaire n'a rien sur ce qu'il vient d'éprouver, pour ne pas parler de ce qui lui en est échappé, et c'est pour ceci qu'il vise l'autre bout du wagon muni d'un soulagement confiant et réconfortant.

            Travelling en avant accompagné des panos alternants à gauche, puis à droite recadrant de trois-quarts profil les passagers du wagon, atterrissant finalement dans un rapproché serré sur la tête d'une jolie jeune femme dont l'on garde vaguement la mémoire quelque part. L'on se voit.

            Michael s'est attablé dans un mouvement estomaqué dont la rigidité reflète le cheminement saccadé de ses pensées, lesquelles s'envolent à présent dans un plan d'ensemble du wagon sans menacer pour autant son contact oculaire constant avec la jeune voyante, qui vient de lui prêter ses yeux. Il paraît que, chose étrange, Michael n'a plus toutes prises sur son monde.

            --Bon sang Monsieur, vous avez l'air d'un fantôme dépaysé. Vous avez eu une mauvaise expérience dans les cabinets ou alors est-ce-que cela remonte à ma compagnie?

            Côté santé la voyante a déjà menacé de prononcer des mauvaises augures et en ce moment précis Michael ne tient pas à l'encourager; de plus il risquerait de se donner pour un dément, histoire de déballer son témoignage disjoncté.

            --Je... ...enfin non Mademoiselle, cela ne vous regarde pas. Allez où étions-nous?

            --Je venais de vous signaler que notre rencontre n'a peut-être rien d'une coïncidence. C'est-à-dire que les circonstances qui l'entourent... Ben, vous voyagez beaucoup Monsieur?

            --Bien sûr. Pas forcément sur cette ligne c'est vrai, n'empêche...

            --Voilà. Est-ce que vous avez déjà consulté une voyante à propos de votre avenir?

            --Pas plus que je n'ai eu rendez-vous avec le Père Noël, Mademoiselle.

            --Comme vous êtes drôle, mon ami. Au sujet de votre père il n'est pas toujours vivant, je crois?

            --Là vous n'avez pas tort, Mademoiselle. Bien qu'à l'égard du Père Noël j'hésiterais à en affirmer autant. Là-dessus peut-être que vous pourriez lancer des renseignements au travers de votre boule en cristal?