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CHAPITRE 3

            Le lendemain Mike s'était décidé dans un état de demi-éveil à faire la grasse matinée, selon son habitude des dimanches à Little Brantwhistle. Des cauchemars concernant sa santé eurent été supplantés en faveur des rêves récurrents rentrés dans le temps où il commandait le pilotage des tramways, disparus depuis les années cinquante dans sa localité. En l'occurence, un examen plus approfondi de la baraque aurait livré à Gerry une collection de ces tramways modelés en réduit, éparpillés un peu partout sur les étalages supérieurs et même entre des bouquins où ils doublaient de cales. Mais en fin de compte, même des voyantes ne voient que ce qu'elles attendent, ou autrement ce qui leur porte un intérêt quelconque.

            La manie des tramways était solidement figée chez Michael dès son enfance, laquelle ne témoignait que des anciens autobus aux plate-formes en arrière. Déjà gamin, l'anorak précoce se plantait souvent en place avant, directement par-dessus la cabine du chauffeur afin d'imiter les fonctions de celui-ci, pourtant puisqu'il s'agissait d'un tram dans l'imagination du garçon on avait affaire à une manivelle où le chauffeur de bus maniait son volant. Parfois la manivelle imaginaire se voyait déplacée par une autre manivelle, celle d'une caméra cinématique, et, cherchant une explication de base étayant même des raisons profondes qui justifieraient une telle obsession précoce et anormale, un psychologue épinglerait le jeune gosse sans doute d'obsédé de manivelles.

            Tout ceci mis à côté, Gerry s'éveilla dans les bras de son amant, pelotonnée sur le canapé et ses jambes nues enlacées dans celles du cinéphile quadragénaire. Elle constata avec soulagement qu'elle n'avait pas de rendez-vous avant l'après-midi et, plus importamment peut-être, que son string était toujours intact et sur place; il n'y a rien de pire que de se donner un petit jeu de jambes en l'air pour rien sinon en faire table rase deux minutes après. Se souvenant de leur conversation de la nuit dernière et du petit matin, Gerry éveilla son complice avec un aiguillonnement de l'index et les paroles suivantes:

            --Tiens mec, ce que tu disais hier... ...enfin aujourd'hui... à propos de tes... c'est à dire de tes femmes...

            --Tranquille, on se calme. C'est que j'ai un affreux mal de tête.

            Gerry se calma, regarda autour puis décrocha,

            --Tout ce méli-mélo ficherait un mal de tête à une aspirine. Bon, tes femmes c'est tout juste si tu ne les as pas tuées, quand même en cas de nécessité est-ce-que tu...

            --Cela dépendrait de l'étanchéité de mon alibi, cocotte. Enfin, cela t'excite que je sois cap de supprimer mes femmes et pourquoi pas, ma progéniture?

            --J'sais pas. Peut-être.

            Les doigts de Michael tirèrent sur l'élastique du string de Gerry dans le but de lui révéler son minou, lequel débordait déjà ça et là et, notamment, aux alentours de ses lèvres vaginaux qui s'entrevoyaient au creux de ses cuisses. En encaissant une claque à la fois coquine et réprobatrice sur la joue de Michael, Gerry enchaîna,

            --But I'm not that sort of girl! Aller, pour la balance est-ce que tu ne vas pas me montrer ta verge, sherlock?

* * *

            Le quatorze décembre, Mike et Gerry se tiennent debout au comptoir du Railway Hotel, un verre dans la main de chacun. On s'est informée maintenant jusqu'à la profession de son jules. Mike vient de voir entrer James du coin de l'oeil, ne bronche pas dans l'espoir que l'autre ne les a pas vus. Trop tard.

            --James mon vieux, vous êtes un génie! Permettez-moi le privilège de vous offrir un coup.

            Gerry a un léger haut-le-corps: il s'agit de l'autre visage du tirage de tarot.

            --Mike, my mate. Ecoutez, est-ce-que vous saviez que le financement de Yorkshire Fastrans est quasi complètement ressourcé dans la revente des dettes tiers-mondiaux procurées au détriment de quelques pots-de-vin?

            --Vous dites?

            --C'est que l'autre jour moi j'ai eu le privilège de promener mes yeux sur une standby letter of credit2 aux bénéfices de nos employeurs venant d'une banque obscure dans la jungle de Venezuela!

            Michael ne peut s'empêcher de toiser ce ringard dégingandé pas possible aux longs bras ballants dans un geste de singe, mieux de guenon et la poitrine de vélo. Heureusement il n'a pas son pareil, ce buffon. C'est Gerry qui remarque que ce raymond a le pantalon rentré dans sa chaussette, se demande comment il se fait que personne n'en a fait mention au cours de la journée: elle a bientôt sa réponse...

            --Une banque dans la jungle! Quelles conneries tu nous débites, putain?

            --Ha ha ha. C'est vrai que je déconne, j'voulais voir votre réaction v'là tout.

            Michael lui tourne le dos. En effet James rêve de faire chanter un jour ses supérieurs, et n'étant capable de garder un secret pour sauver sa vie, il a gloussé ses trouvailles en matière de recherches - comme par exemple la ristourne fiscale franchement démesurée et la disparition des 'articles de fond' (c'est-à-dire du matériel roulant) non pareillés - à tort et à travers parmi ses employés.