Un ronronnement dans les fils aériens plaqués contre un ciel noir et froid, suivi du martèlement sourd et bientôt assourdissant des roues sur les rails annonce l'arrivée imminente du convoi de wagons vides, dont nos amants en feront l'usage sans doute original, voire expérimental, une fois dedans.
Le poinçonneur leur accorde un sourire complice lorsqu'ils montent sur le plate-forme des battants automatiques, entend Gerry dire à son jules (où peut-être bien que c'est plûtot à lui-même),
*--But I'm not that sort of girl...
Saisissant l'ironie dans la voix de Gerry, le poinçonneur ne la croit pas, se dit à haute voix malgré lui, <<Putain, quel cul>> puis se frotte des mains dans un geste ambigu, faisant gaffe le long du quai refroidi avant de se réincorporer dans le convoi en appuyant sur le bouton qui déclenche à la fois la fermeture automatique de toutes les portières à glissière et le tutoiement de son rêve de belle lurette.
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CHAPITRE 5
--Je t'aime.
Picolé, James s'adresse à la glace murale de sa salle de bains où il vient de dégueuler dans la cuvette de la toilette. Il se débarbouille un peu, se regarde longuement à travers le dédoublément flou témoignant les effets secondaires de sa ribouldingue non projetée. La glace, bien que muette, apprécie peu son retour tardif. Si elle avait le don de la parole, elle lui arracherait sans doute sa complaisance surexaggérée. Il s'ensuivrait ensuite un clash de personnalités, d'où surviendrait un manque total de communication, puisque James et son miroir ont finalement trop en commun. Ça pige dans un moment de lucidité, et James décide de piquer une colère avant de pioncer...
--Poivrot! Eponge!
Mais le miroir, incontournablement plus câlé que son sosie en trois dimensions, chuchote à travers l'épaule de celui-ci,
--Schizo!
Selon son habitude, James ne s'en souviendra que dalle demain.
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