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Compte tenu du fiasco avec Stella, heureusement jeudi soir se révèle plus porteur pour James. Michael l'a laissé une nouvelle fois seul à seule avec Gerry, et les choses se repiquent là où la dernière fois elles se sont plus ou moins achevées. Le seul détail digne d'être remarqué est la nouvelle intimité vestimentaire chez la donzelle, dont un pantalon combat taille basse et un tee-shirt mignon encore plus décolleté et par conséquent plus affriolant.

            Michael s'est adonné à sa rage habituelle des machines à sous mais il fait tout foirer, faute de concentration. En jouant inconsciemment, on risque de perdre la totalité de ses gages avant même de reconnaître qu'on n'est pas gagnant, et cela surtout ici, où la machine à changer des billets a été instaurée. Muni des gages de son patron, il va de soi que Michael jouerait pour autant plus longtemps avant de tout casser; à savoir, il est même possible que, suffisamment accro pour bloquer sur la bibine, le pognon mensuel de James permette du répit pour se sécher et faire un volte-face.

            Tout pognon passé sous le nez, Michael s'enferme chocolat dans le cabinet des WC. Pas de pipi ni de grosse commission; Michael reste assis, verrouillé dans et le gardien de sa propre prison, à revisiter ses idées de tout à l'heure.

* * *

            Les festivités de la saison dont la Saint Sylvestre le plus décevante sont passées pour ainsi dire inaperçues, avec le résultat que les entrepreneurs en recherche d'un niche-marketing pour le début de l'année se voient contraints de laisser dériver leurs prix exorbitants, et ceci pour assurer que les commerçants au niveau du détail ne soient pas réduits au dépôt du bilan précipité. C'est à dire que Michael n'a aucun problème à décrocher le cadeau de Noël à destination de Gerry au bout de la deuxième semaine de janvier. Bouche bée devant l'inimagination de son copain, Gerry se contente pour commencer d'un petit gémissement quasi imperceptible, puis enchaîne,

            --Ben oui, merci mon p'tit chou, c'est à dire les bras m'en tombent j't'dis pas...

            Le corsage du sous-vêtement étincelle vivement sous la lumière crue de la salle de Chez Marcel au nez de la serveuse qui, cette fois, elle aussi se trouve à perte de paroles. Son sari réintégré dans ses fonctions de domestique franco-anglaise elle s'est mise en raison du froid un survêtement sportif 'Bon Bleu Sports Marines', très chic pour une Asiatique mais qui jure bizarrement avec son costume traditionnel. Quant à Gerry, elle se demande pendant une fraction de seconde refroidie si Michael n'a pas expédié des trucs semblables en partance pour sa collection d'ex-conjointes ou si, plus inquiétant encore, il a posé un bouquet de fleurs à caractère funèbre sur les pavés du patio partagé à l'arrière rez-de-chaussée de l'immeuble où il est actuellement domicilié.

            --Mon Dieu, il fait un froid de canard dans cette salle, lance Michael en bon français, On vous a coupé l'électricité ou quoi?

            Jetant un regard de biais vers sa compagne, l'Asiatique répond,

            --En admettant qu'on a constaté récemment quelques revers au niveau de la réfaction du chauffage il faut ajouter qu'on n'est pas obligés de fournir des cabines d'essayage et, pour ne rien vous cacher Monsieur, il faudrait une température de sauna pour permettre qu'on enfile des trucs comme ça, que ce soit ici ou dans un établissement disons plus à la hauteur de la question.

 

            Les repas de Chez Marcel deviennent lieu commun dans la vie de nos amants, et la conversation commence à reprendre pour autant des nuances d'une quotidienneté impardonnable. De plus, Michael a proposé des chambres d'hôtel pour ce qui porte sur la baise, prétextant la nature plutôt merdique de sa piaule. S'agit-il d'une autre femme? Enfin non, c'est pas ça. Si c'en était le cas Gerry l'aurait reniflée quelque part. Voilà mystère, et après tout, à la limite on avait quand même droit à son espace personnel. Cela dit, un soir Gerry s'apprête à balancer la purée...

            --Sois franc, chéri, côté liberté personnelle, tu n'es pas aussi curieux à mon égard que moi je le suis au tien?

            --C'est pas là, la question, chérie.

            --Ce qui veut dire que ça te branche, de me voir limer ton patron lors de ton absence?

            --Enfin, si c'est dans mon absence, comment diable veux-tu que je le voie?

            --C'est-à-dire que tu aimerais nous regarder, peut-être?

            --C'est-à-dire que je me fous de mon patron comme de l'an quarante. C'est un imbécile, voilà. Comment veux-tu donc que je devienne jaloux pour cause de son intervention?

            --Regarde mec, compte tenu du contenu de ta piaule t'es un voyeur confirmé, alors pourquoi pas l'avouer, la tirer au clair, cette passion voyeuristique, tu n'en as pas honte, on espère?

            --Breake un coup là tu veux, laisse tomber Michael sur un ton peu convaincant, Ces jours-ci on ne parle que de ça, putain!

            En effet Gerry est devenue récemment un peu obsédée. Les soirs qu'elle ne passe pas avec Michael sont livrés aux attentions de son chef. Là elle prend son pied sur la supériorité innée de sa prouesse sexuelle par opposition à la hiérarchie professionnelle et, chose plus intime, rêve d'avoir ses deux mecs dans une même étreinte, chacun ayant à lui son point de sein à sucer.