Négligeant son travail complètement, quelques jours plus tard Gerry se retrouva une nouvelle fois flanquée à parcourir les quotidiens matinaux sur son banc adoptif aux jardins publics de Little Brantwhistle quand une nouvelle reléguée à la rubrique des chiens écrasés dans l'un des nationaux attira son attention.
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CHAPITRE 9
L'on vient de récupérer le cadavre torsionné d'un préposé de la société de chemin de fer Yorkshire Fastrans, enchevêtré dans une contraption farfelue montée, on le présume, pour accorder une stimulation à caractère sexuel. Il s'agit d'un de ces instruments bricolés aux supplices chinois, associés plus fréquemment avec les clubs sadomasos qu'avec l'existence et les goûts moins exotiques des amortis banlieusards. La machine à crampons et à étirer et agrafer la peau qui se ressembla à une pièce de scénario cinématique d'antan, était néanmoins équipée d'un engin de relâche automatique, qu'on pouvait dégager à son gré à condition de faire ceci avant de se passer les bracelets et d'entamer l'entrain bizarroïde. C'est précisément ce mécanisme qui, atteint d'une faute éventuelle, provoqua le décès de l'homme.
Bizarrement, l'on y retrouvait aussi des mécanismes qui ne servaient à déclencher aucune fonction apparente. Ou bien l'artiste-bricoleur s'y était retranché dans des jeux de Meccano de son enfance, ou bien il s'agissait d'une véritable manie des manivelles. Evidemment, tout ceci ne paraît pas dans les colonnes des journaux, et même moyennant l'espace pour accommoder tous ces détails mesquins, le dossier psychologique médico-légal sur le défunt a été escamoté il y a vingt ans, longtemps avant l'informatisation globale du NHS.
Dans le rapport policier officiel, la présence autrement inexpliquable des manivelles est attribuée plus ou moins à la lignée de plantes à pot placée sur un rebord de fenêtre.
Gerry se tient les côtes. Si Michael l'a jugée cinglée dès le premier abord, ou plus exactement en l'entendant lui débiter ses conneries après à la gare de Little Brantwhistle, voici la preuve qu'il ne s'y trompait pas... Plutôt que d'admettre qu'on l'a fait marron (la première réaction de Gerry virait même sur la pitié), elle choisit de s'abandonner à la folie débridée. S'entourant dans l'entrain d'une poignée de clodos qui y ont passé la nuit à la belle étoile, Gerry craque à crever puis se met à débiner le défunt avant, finalement, de s'effondre en larmes.
En proie à des motifs complexes, Gerry s'introduit au milieu zonard hétéroclite en déclarant qu'on va faire la foire ensemble pour célébrer on ne sait trop quoi. De toute manière, elle va acheter un bon paquet d'alcool sitôt que la loi le permet (en Angleterre il est interdit de débiter de l'alcool - même dans les off-licences - avant dix heures du matin), partage le gros lot avec sa compagnie bordélique, n'oubliant pas dans le coup ses petits amis plumés, qui se paient accessoirement deux flûtes françaises, chaudes et fraîches édulcorées en matière d'entremets d'un chausson aux pommes..
Les quatre bouteilles sont systématiquement bogartées par les trois glandeurs bousillés et brunis par le climat météorologique et social des SDFs, dont nos trois à nous sont tous pétés dans le coup, pour avoir imbibé quantité d'alcool à brûler en matière d'apéritif. Cependant, l'un d'entre eux se montre toujours cap de la lecture, feuillette un des canards locaux jusqu'à ce que Gerry y épie la gueule de son amant crevé sur la deuxième page et, pour ceci lui arrache le journal d'un geste aussi inattendu qu'impétueux. Au sujet de Michael, elle digère:
<<...Celui-ci portait dans la poche un bout de papier portant un aveu de suicide en écriture de chat, signé James Owen...>>
--Putain, se dit Gerry, le pauv' con était devenu fou!
<<...à savoir le préposé du département où travaillait le décédé, celui-ci l'objet de fortes critiques en provenance de tous les coins suivant la catastrophe ferroviaire de la veille. Au sujet de la note Mr Owen a avoué sa perplexité, ce qui porte à croire qu'elle ferait un jour l'objet d'une dictée. Le contenu girait largement autour de la culpabilité dudit Mr Owen, impliqué d'ailleurs dans une mesquine affaire de sémantique, laquelle a pu, selon certains, provoquer le percutement. Dans la même poche où était enfoncée la note on a découvert une petite liasse froissée de papiers où figuraient des idéogrammes et croquis crayonnés qui ont dû précéder le bricolage de l'engin.
Dans l'autre poche du défunt on a pêché une clef Yale, celle-ci étant le sosie de celle de la porte principale du domicile de Mr Owen. La police en a conclu qu'il avait été prévu de démanteler l'engin afin de le livrer au domicile de Mr Owen lors de son absence. Au moment actuel on tente de venir à bout de certaines questions irrésolues, entre lesquelles l'identité d'une jeune femme figurant dans des portraits automatiques à caractère érotique retrouvés eux aussi sur la personne du décédé, et la provenance du double des clefs particulières de son chef.>>
--Sacrebleu, je continue à me coltiner cette p'tite ordure merdique, même alors qu'il bouffe des pissenlits par la racine!
Enfin, cela commence à amorcer des nuances plus sinistres qu'une simple affaire de diesel qui se décide un beau jour à se manger une bagnole. Gerry revisite les séquelles de l'accident, réfléchit sur l'hypocrisie dans l'attitude anglo-anglaise des bas-fonds de la presse et même la police britannique envers des meufs plutôt olé olés qui se laissent photographier à poil dans des photomatons de gare publics, puis se remet à pleurer.
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