Avant la mutation de James dans son nouveau bureau voilà deux ans, ce fut Michael qui prit la charge des rénovations tout comme auparavant, dans le cas des chefs de département antécédents. La patère vissée à l'intérieur du chambranle au niveau du trou de la serrure frappa Michael comme intéressante; elle n'était pas là lors de son inspection des travaux, et ne servait point à soutenir le pardessus noir et laineux de son chef, ce qui se planterait debout tout seul, grâce à sa raideur. Même avant de mettre le grappin sur la clef du bureau, Michael se torturait des méninges pour cause de cette patère, et pour en savoir l'utilité se paya un petit télescope de poche chez un brocanteur du quartier, le même qu'il utilisait ce jeudi depuis le pont aux piétons, apparemment pour épier le couple, mieux dit l'indiscrétion de James et sa secrétaire.
Quant au gros trousseau, on en entendait le tintement dans la poche dudit pardessus tous les jeudis après-midi au cinquième passage de James, vers les coffres-forts et sur le chemin de la banque où, préalablement au ramassage du liquide, il fallait passer pour savoir les combinaisons du jour ayant affaire à la lignée de coffre-forts, doublement sécurisés par moyen des clefs. Les combinaisons étaient fixées au premier abord par les convoyeurs de fonds du Group 4, mais vu que les directeurs de Fastrans se méfiaient de tout personnel de sécurité, dehors comme dedans, chaque chiffre fixé en cachait un autre sur ordinateur. Ce second étalage de chiffres se relayait à seize heures pile tous les jeudis au système informatique bancaire, coïncidant parfaitement avec l'entrée de James dans la succursale. Aux environs de seize heures trente, avec tous les coffres dépouillés de leur contenu afin de distribuer les gages (tous en liquide, faute de pouvoir expliquer leur provenance sans y ramener des profits insuffisamment déclarés), les données correspondant aux combinaisons antérieures et actuelles s'acheminaient vers les zones du système d'ordinateurs interposés les moins susceptibles au piratage informatique, jusqu'à nouvel ordre en partance de James, l'unique personne au courant du premier mot de passe.
Eût-il été au courant de toute cette salade, Michael se serait vraisemblablement contenté d'une simple combine, où la position privilégiée de James aurait servi de tremplin sans être forcément usurpée sur le chemin. Faute de quoi personne ne cracherait tout de même sur les machinations à caractère cinématique mijotées par Michael afin de tenter son coup éventuel; en somme, le tintement du gros trousseau dans la poche du pardessus de James tous les jeudis à 15h 50 n'avait pas échappé à son attention. Pas plus que la présence du porte-clefs de poche sur le côté intérieur du trou de la serrure de son burlingue quand le gros trousseau se trouva plaqué sur son bureau. La patère servirait donc à soutenir le petit trousseau (contenant les clefs de domicile) des fois que le gros trousseau prenait le relai; au demeurant la présence simultanée de deux clefs dans un même trou représentait une impossibilité physique. D'où l'achat du petit télescope de poche pour en être tout à fait certain. Mais hélas, l'angle que faisait le pont ferré à piétons qui traversait la voie vis à vis du côté intérieur du chambranle se révéla un tantinet trop obtus pour rendre service.
Le jeudi suivant témoigna une autre approche de la part de Michael: rentrant comme par hasard dans son patron au foyer principal de Fastrans, Michael surprit James qui filait bon train, chemin faisant vers la banque. Michael expliqua que, bien loin de tirer au flanc, il était en train de s'approvisionner en chocolats et bonbons pour mieux concentrer sur les dernières complexités de son affaire pour la journée, laquelle ciblait bien déjà sa fin dans le burlingue partagé où il était strictement interdit de fumer pour mieux canaliser ses idées. Le drame, c'était que la machine à distribuer ses bonbons et chocolats ne voulait pas de ses pièces de 50 pence. Est-ce-que James n'en aurait pas deux ou trois sur lui pour arranger l'affaire? Légèrement harcelé, James se mit à vider la poche droite de son jean: et bien, tant pis! Enfin, pas de clefs non plus, observa Michael en supprimant son excitation.
Feignant l'indifférence, Michael arpenta le foyer et en pressant le pas l'intégra dans l'escalier en colimaçon qui servait son petit coin du grand bureau. La prochaine fois il pourrait escamoter la clef de maison et possiblement celle à l'impasse du battant (pendant une seconde Michael se demandait combien de virtuels sosies celle-ci aurait) lors de la première sortie de James aux coffres-forts, en prendre les doubles, puis remettre les originelles sur place au cours de la cinquième et ultime visite de son chef aux coffres-forts en passant par la banque.
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