CHAPITRE 11
L'épouse canon de Michael Wesley ballotte la tête en arrière, ses dreadlocks luisants suintant la chaleur caniculaire d'un soleil méditerranéen. Accotée au bastingage du yacht de son amant, Thierry, Wanda Wesley née Sylvie Sarancennes bredouille toujours des injures fichues dans une rafale soudaine chargée d'embruns au sujet de son mari absent méprisé et superflu. Eût-elle su que son premier versement avant la cérémonie de mariage civil avec un mollusque anglais qui se montrait pour cela irascible, n'était en réalité qu'un acompte, elle n'y aurait fait même trempette. Forcément il y va de mèche avec cette Marie-salope timbrée qu'il prend sur ses propres aveux pour une vénus, se dit elle non sans amertume et versant quelques larmichettes sur ses propres projets déjoués. Les yeux levés vers le ciel, Thierry enchaîne,
--Il en a fait un plat aujourd'hui, hein! Pourtant tiens, ça se brouille vers l'horizon...
Wanda ne répond pas. Bronzer idiote sur la Méd ne vous dit pas grand'chose quand vous êtes déjà tout noire. Envoyant valdinguer par-dessus bord sa montre yoyotante en plastique, la Martiniquaise enjambe le garde-fou du tribord de ses cuisses bien faites, pique une tête dans la mer pour chasser sa frustration accablante. Encore trois semaines et ça remonte à trois ans, cette farce de mariage qui promet néanmoins de délivrer ses papiers si longuement attendus et, en plus, le prestige de la citoyenneté britannique. Sa colère sous-marine et saumâtre menace momentanément de la noyer, lorsque cela se fige une nouvelle fois dans sa tête, que ce disjoncté merdeux puisse être pour comble un maître chanteur.
Peut-être s'agissait-il bien d'un bluff? En la mouchardant, ce con ne pourrait que s'emmerder lui-même dans le coup, et n'en sortirait pour cela qu'avec un mariage annulé plutôt qu'un divorce bien dû. Regagnant la surface, elle agite ses dreads avec entrain, décide sur-le-champ de reprendre ses cliques et ses claques pour l'affronter, munie de cette nouvelle inspiration qu'elle a bien dû réaliser plus tôt. Sa dernière visite ne lui porta rien, enfin rien ou presque pense-t-elle en s'imaginant la gêne de son conjoint détesté devant tous ses voisins qui, répondant à ses cris au secours ont dû être obligés à enfoncer la porte de sa piaule. En se hissant sur la coque Wanda-Sylvie appelle Thierry sur un ton chevrotant pour s'excuser de son absence imminente, Thierry qui lui ne sait encore rien des projets futurs ou présents de son amante noire et mystérieuse, pour ne rien dire de son passé.
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Si Michael avait eu une faute qui transcendait toutes les autres, ça a dû être sa fierté exagérée. Au lieu de lui balancer la salade sitôt qu'elle arriva, au début du soir précédent l'accident de train, il ne pût se contenir de lui refiler un tour guidé de l'app, en démontrant dans l'entrain sa brillance, au niveau du bricolage théâtral. Sylvie (enfin, Wanda) escamota le boulon du méchanisme de sûreté quand Michael s'enferma dans le lavabo, histoire de s'épargner les pleurs de celle-ci devant son refus à lui de signer. Comment diable aurait-elle su qu'il s'agissait en effet d'une machine à tuer des éléphants qui n'aurait que dalle à foutre dans une pièce de théâtre et qui serait mieux placée dans un camp de concentration?
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Alors que Michael était convolé pour la deuxième fois avec Wanda-née-Sylvie, question de faciliter une immigration difficile, on ne sait rien sur la raison d'être des deux premières mariages, peut parler pourtant avec confiance du dénouement de ceux-ci suivant l'enlèvement des planches du soulier de l'app: hachées menues et conservées dans des centaines de bocaux soigneusement étiquettés, les deux premières femmes de Michael furent surprises toutes nues par des regards écarquillés d'une brigade de bobbies, dactos et membres de la CID qui y fourmillaient sans rame.
Dans la brèche d'une bonne mètre - typique dans l'architecture britannique des années vingt et qui avait pour propos d'assurer une isolation sonore et l'espace pour installer le calorifugeage - laquelle séparait les planches de Michael du plafond de ses voisins d'aplomb, on retrouva aussi des cartons couverts de papier d'emballage de Noël. Ces cartons avaient contenu selon les rapports forensiques, des cadeaux plutôt bizarres où figuraient des écrous et boulons rouillés et du bric-à-brac de ferraille, autrement dit les pièces qui étaient destinées à former la machine de torture. Et parlant de torture, une analyse de la cinémathèque du defunt révéla qu'il aurait peut-être pu être cinéaste ou caméraman lui-même, plutôt qu'un p'tit péteux de clerc à la solde des chemins de fer...
Chose ironique, ce fut l'absence de sa conjointe meurtrière, soit par ignorance, au foyer (où elle était également inscrite) qui alerta la police et qui précipita une perquisition plus ample des lieux. Et tout compte fait des résulats de celle-ci, si tout ça se déroulait à Londres on aurait affaire en prime à la police fluviale. Les ex-femmes disparues de Michael étaient d'ailleurs toutes deux des étrangères d'origine coloniale convolées avec lui ailleurs loin, ce qui laisse à supposer une arnaque semblable à celle d'avec Sylvie-Wanda. Cependant, à la Yorkshire CID on n'est pas le commissaire Navarro et jusqu'ici la police n'en sait rien; on n'a pas encore eu le plaisir de sa rencontre, la présumant ou bien échappée ou bien morte ailleurs. Evidemment, en apprenant l'expiration de son conjoint celle-ci se mit en tête de filer bon train, parvint à esquiver la douane d'un cheveu alors que, le lendemain de son retour au Royaume Uni, ses deux noms et prénoms figuraient déjà sur la missing persons list.
En cavale et en stop depuis Brantwhistle proper, Wanda ou Sylvie chassait toute notion de culpabilité, s'avérant plutôt sa reconnaissance au bon Dieu (à qui elle ne croyait pas vraiment), pour être toujours en vie et à des centaines de bornes des menaces posthumes de ce mollusque anglais aux conjointes préposées aux accidents domestiques graves et bizarroïdes. Depuis un kiosque d'aire de service sur la M1 elle téléphona à sa mère, qu'elle tenait immanquablement au courant de ses déplacements sur le globe. Sylvie dit que tout allait bien, compte tenu des hics au niveau des papiers qu'elle n'avait pas le temps d'approfondir. C'est tout juste si elle n'avait pas laissé traîner ses empreintes digitales sur l'instrument de supplice! Inutile de le dire, elle se paya une vigilance sans précédente en se faisant emmener...
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